Anne Roumanoff était l’invitée de Wizaplace sur le salon Paris Retail Week. Instigatrice d’une marketplace BtoB dédiée aux métiers du spectacle, elle a accepté de partager ses premières impressions d’entrepreneuse du web avec le public du salon. Morceaux choisis de l’entretien avec la nouvelle entrepreneuse et startuppeuse de LaPlaceduSpectacle.com.

Pourquoi avoir créé LaPlaceDuSpectacle.com ?

Anne Roumanoff : Je suis dans le métier du spectacle depuis 30 ans et j’ai constaté à quel point il était dur de trouver de bons prestataires. Les bonnes adresses se refilent sous le manteau. D‘autre part, je me suis aperçue que notre univers pro manquait singulièrement de transparence tarifaire. Quand j’ai expliqué mon idée – permettre de sélectionner les prestataires et asseoir une transparence tarifaire – à mon frère qui est développeur en Australie, il m’a expliqué que c’était une marketplace. Il m’a orienté vers un de ses amis d’enfance, Greg Zémor spécialiste de marketplace chez Neteven. C’est lui qui m’a conseillé Wizaplace. Et je me suis lancée. J’ai d’abord mis toutes mes bonnes adresses puis j’ai tanné mes contacts pour qu’ils me donnent les leurs. Nous avons maintenant 180 prestataires référencés, 3 mois après le lancement.

 

Combien de temps pour lancer cette marketplace ? 

AR : L’idée est née en janvier 2018. Nous nous sommes mis d’accord sur une architecture de site en février et mon numérologue a choisi la date du lancement la plus favorable : le 28 mai. Le nom « la Place du Spectacle » est d’ailleurs également un choix qui a été vérifié par le numérologue. Et nous avons ouvert le 28 mai.

 

Quelles sont les points complexes pour la mise en œuvre d’un tel site ?

AR : Il y a des difficultés liées au monde du spectacle et à ses nombreux statuts (intermittents, travailleurs indépendants, entrepreneurs, sociétés). Il n’a donc pas été facile de mettre une politique de commissionnement simple en face. Nous avons deux systèmes : soit on fait de la mise en relation et on vend l’adresse, soit on vend la prestation directement. Sur le site, nous avons choisi d’afficher des tarifs TTC. J’avoue que je ne suis pas une star des maths et, au départ, on s’est parfois un peu emmêlé les pinceaux dans le calcul des prix.

 

Est-ce que les prestataires suivent ? 

AR : Les premiers sont les plus compliqués à convaincre. Par exemple, les avocats spécialisés dans le spectacle. Le plus gros travail a été de convaincre le premier, les autres ont suivi. Maintenant, ce sont eux qui nous sollicitent. Pareil pour les metteurs en scène. Ils ne voulaient pas donner leurs tarifs. Maintenant qu’on a référencé des professionnels réputés, les autres nous contactent, ils ont compris le principe du site. Le plus long dans tout cela : faire accoucher ces professionnels du descriptif précis de leur prestation, de leur métier. Ils n’arrivent pas toujours à mettre des mots exacts sur leur pratique professionnelle. J’ai essayé qu’ils soient le plus précis possible dans la description de leurs prestations.

« J’ai réussi à fédérer beaucoup d’experts sur le site, dont par exemple un spécialiste de la billetterie ou des régisseurs capables d’auditer les besoins techniques d’une salle de spectacle. »

Donc les prestataires s’y mettent vite ?

AR : Pas toujours. Beaucoup sont frappés de phobie administrative. Tout est prêt mais ils bloquent au moment du formulaire en ligne pour valider leur inscription. Et là, il leur manque toujours un N° de Siret, une copie de carte d’identité, ce genre de détail. Par exemple, l’éclairagiste de David Guetta : il nous fait des prix formidables, on était d’accord sur tout, mais il a mis 3 mois à signer les papiers.

 

Quelle est l’ambition du site ?

AR : Que ce soit rentable, que je puisse salarier des gens. J’ai développé ce projet avec les gens de ma société de production. On a lancé cette marketplace avec une équipe restreinte qui s’est donnée à fond. Quand les premières commandes arrivent, on est très content. Je leur dis qu’il ne faut pas relâcher nos efforts et continuer à aller chercher de nouveaux prestataires, notamment en province.

 

Justement, quel maillage territorial souhaitez-vous développer pour cette place de marché ?  

AR : On connaît très bien des gens à Lyon, à Nantes, à Toulouse ou ailleurs. Mais on ne peut pas s’amuser à référencer tous les prestataires de France et de Navarre pour l’instant. Si je ne suis pas sûre de leurs compétences, je préfère ne pas les référencer. 

 

Votre premier rapport d’étonnement sur ce monde du web ? 

AR : Ce qui m’a surpris, c’est le fossé entre ma mythologie et le réel. Il y a toute une frime autour du Web : c’est génial, c’est cool, c’est facile. Quand on développe un tel projet, plein de gens vous approchent pour développer des partenariats avec vous ou vous proposer leurs services souvent assez onéreux. J’ai déjeuné avec un « growth hacker », j’ignorais ce que c’est et je ne suis toujours pas certaine de pouvoir expliquer ce qu’il peut m’apporter.

 

Est-ce qu’il est imaginable, demain, de lier des produits à ce site (caméras, éclairages, etc.) ?

AR : Non, nous proposons exclusivement des services. Il y a des boites de prestations de matériel qui font très bien leur boulot et surtout je n’ai aucune compétence en vente de matériel technique. Je m’en suis tenue à ce que je connaissais. J’ai réussi à fédérer beaucoup d’experts sur le site, dont par exemple un spécialiste de la billetterie ou des régisseurs capables d’auditer les besoins techniques d’une salle de spectacle.

 

Vous êtes donc en permanence derrière le site ?

AR : Oui, je suis très impliquée sur le projet, je vais toujours dans le back office. Pour convaincre certains prestataires, je les ai plusieurs fois appelé directement. C’est un boulot de titan de répertorier les bons prestataires, de les convaincre de figurer sur le site, de négocier leurs prestations et de mettre tout cela au clair, mais on y arrive.

 

Quelle erreur pensez-vous avoir faite, a posteriori, dans la conception du site ?

AR : Je n’ai pas passé assez de temps sur la maquette. J’aurai du mieux réfléchir à l’ergonomie. J’ai regardé l’esthétique plus que l’ergonomie.

 

Si cette marketplace fonctionne bien, arrêterez-vous les spectacles ?

AR : Ce n’est pas un projet que j’ai fait pour l’argent. Pour être franche, un spectacle me rapporte beaucoup plus que cette activité. Et j’ai même pris conscience de la chance que j’avais de faire des spectacles en constatant l’énergie qu’il fallait pour lancer une marketplace. Artiste, c’est ma vraie vie. Se confronter à ces métiers du web, c’est passionnant et c’est un apprentissage fort sur les comportements humains. Je verrai plus tard si on peut en faire un sketch, mais pour l’instant, je suis à fond dedans.

 

Questions posées par la salle et Eric Alessandri, CEO Wizaplace. Propos recueillis par Alain Laidet, Directeur Associé Wizaplace.

Articles qui pourraient vous intéresser