Le marché de l’e-santé connaît depuis quelques années un essor remarquable. Estimé en France à 2.4 milliards d’euros en 2012, il en pèse aujourd’hui 550 (études Xerfi-Precepta). Il faut dire que le marché présente un large éventail d’opportunités : suivi des maladies chroniques, maintien à domicile des personnes âgées, prévention ou encore lutte contre les déserts médicaux. D’ailleurs, les patients attendent beaucoup de la santé connectée4. En France, 70% souhaitent prendre leurs RDV, accéder et gérer leur dossier médical en ligne. Dans ce contexte, la télémédecine ou encore les logiciels de santé nouvelle génération sont des modèles économiques en pleine structuration, ainsi que les marketplaces, qui facilitent la mise en contact entre patients et professionnels de la santé. 

Acheter ses produits de parapharmacie sur une marketplace 

Choisir parmi les plus grandes marques de beauté et d’hygiène, se fournir en articles pour bébé ou encore trouver des produits vétérinaires rapidement… La marketplace 1001Pharmacies.com a réussi un pari ambitieux depuis 2012 : faciliter l’achat de produits de parapharmacie aux utilisateurs en leur proposant des prix attractifs et un large choix, permettre à des pharmaciens de créer leur pharmacie en ligne et booster leurs ventes de produits paramédicaux, et devenir la première plateforme de vente de produits de santé en France. Misant sur une stratégie cross-canal et un renforcement de la dimension conseil, la startup développée par la société eNova Santé devait enregistrer un CA consolidé de 30 M€ fin 2017.

Sur un segment de marché similaire, la marketplace Doctipharma, filiale du groupe Lagardère Active, créée en 2014, propose une offre large et compétitive aux acheteurs. Les pharmaciens – plus de 2 400 référencés – bénéficient de services digitaux pour développer leur présence en ligne : site vitrine, Click and Collect, retrait en officine ou point relais, ou encore l’application gratuite « Envoi ordonnance » permettant aux patients internautes d’envoyer via un hébergement sécurisé, leur ordonnance à la pharmacie de leur choix. En 2017, la plateforme prévoyait de doubler son audience – 600 000 visiteurs uniques chaque mois – en un an ainsi que son volume d’affaires.

A l’instar de ses deux concurrents, la marketplace Pharmaket, lancée en 2014, commercialise des articles de parapharmacie en France, via une centaine d’officines référencées. Mais elle représente surtout le premier réseau agréé pour vendre des médicaments sans ordonnance en ligne. La livraison à domicile est assurée pour toute la France le lendemain avant 13h et en 30 minutes sur Paris. Un business modèle unique qui a permis de boucler un tour de table d’un million d’euros, malgré les réglementations drastiques. De quoi envisager l’avenir sous le signe d’une croissance ambitieuse, d’autant que le potentiel est très élevé : en France, le marché des médicaments sans ordonnance et de la parapharmacie est évalué à près de 10 milliards d’euros mais les ventes en ligne n’atteignent que 100 millions d’euros alors que dans les autres pays européens, 15% du marché est déjà réalisé en ligne.

Pourquoi le modele marketplace connait-il autant de succès

Prendre ses rendez-vous médicaux en ligne via les marketplaces

Les longues minutes d’attente au téléphone sont en passe de devenir de l’histoire ancienne : la prise d’un rendez-vous chez un praticien sur une marketplace, son annulation ou sa modification n’est plus qu’une affaire de clics et est disponible 24/7. Pour les professionnels de la santé, cette technologie numérique constitue une réduction des coûts et un réel gain de temps. Bénéficiant de 16 millions de visites mensuelles, de 45 000 praticiens et 1 000 établissements de santé inscrits Doctolib est le leader européen du marché. La plateforme créée en 2013, a levé en seulement 4 ans, 85 millions d’euros dont 61 millions en 2017, pour accélérer son implantation à l’international et digitaliser toujours plus les différentes étapes du parcours de soins. Grâce à la marketplace, le temps consacré par les médecins aux démarches administratives est divisé par deux, le nombre de rendez-vous non honorés par cinq et près de 100% de créneaux libérés sont repris.

Avec 50 millions de consultations médicales gérées depuis son lancement en 2013, MonDocteur, plateforme détenue majoritairement par Lagardère active – propriétaire du forum Doctissimo.fr – est l’autre acteur majeur de la prise de RDV numérique. Son positionnement : permettre de mieux soigner et d’être mieux soigné. Si les patients obtiennent un rendez-vous en 3 clics, consultent leur dossier médical en ligne et bénéficient d’un module de recherche intuitif, les professionnels de la santé sont aussi gagnants : moins de rendez-vous perdus, collaboration plus fluide entre praticiens, partage de documents avec les patients, rappels automatiques pour reprendre rendez-vous ….

Lancée en 2012 et rachetée en 2016 par le groupe MNH (Mutuelle Nationale de l’Hospitalisation), la plateforme Keldoc présente un modèle un peu différent : un service de prise de rendez-vous digitale avec ses praticiens partenaires accompagné de la mise à disposition d’un annuaire par spécialité et ville – délais d’attente au téléphone et pour obtenir un rendez-vous mis à jour quotidiennement. En février 2017, la marketplace a signé avec un groupement de 40 cliniques pour les agendas de leurs médecins et peut s’interfacer avec plus de 150 logiciels parmi lesquels les plus utilisés par les professionnels de la santé.

A noter également la marketplace Dokiliko, qui contribue elle aussi à désengorger les secrétariats médicaux en proposant la gestion de rendez-vous en ligne.

 

Consulter son médecin en ligne grâce aux marketplaces

Face aux déserts médicaux locaux, aux délais d’attente pour être reçu chez un médecin, et en plein débat sur la question du remboursement des vidéos-consultations par la Sécurité Sociale, la marketplace Qare, lancée en France en février 2018 après une phase pilote à Londres, revendique un accès facilité et rapide à la télémédecine. De 9h à 23h, 7jours/7, les patients peuvent en moins de 5 minutes entrer en consultation avec une cinquantaine de médecins issus de 15 spécialités différentes. L’objectif de la plateforme, qui se définit comme « Une solution complémentaire à la médecine traditionnelle » selon Nicolas Wolikow, cofondateur et PDG, est de répondre au premier recours médical. Elle propose ainsi des services comme le conseil, la délivrance d’ordonnance, la prise de rendez-vous à domicile si nécessaire ou la livraison de médicaments pour l’Ile-de-France.

Afin d’accélérer son développement, la startup a mené une levée de fonds de 6 millions d’euros auprès de Kamet, l’incubateur assurtech du groupe Axa. En phase d’approche des hôpitaux, la marketplace compte à ce jour 1000 utilisateurs en France qui souscrivent un abonnement mensuel de 29€ en individuel et de 49€ pour une famille. Suite à un accord entre les syndicats de médecins et la CNAM en avril 13 dernier – article 36 de la loi de financement de la Sécurité sociale 2018 – la télémédecine devrait être ouverte à tous et remboursée par la Sécurité Sociale dès septembre 2018, tarifiant la consultation à 25€ pour un généraliste et 30€ pour un spécialiste.

 

2018 sera une année incontournable pour les marketplaces sur le marché de l’e-santé : plus de souplesse pour les autorisations de la vente de médicaments en ligne, prises de rendez-vous facilitées, et surtout télémédecine et télé-expertise généralisées, vont permettre de répondre aux enjeux de vieillissement de la population, de surcharge des services, accélérer la prise en charge des patients, améliorer la gestion des maladies chroniques et combler les déserts médicaux, sans oublier une réduction de coûts substantielle – 26 milliards d’euros d’économies réalisés sur le transport sanitaire et les hospitalisations selon des études récentes. Amélioration des soins, économies, création de valeur … tout est en place pour la naissance d’une filière d’excellence !

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